Champagnes Prié

 Fabienne Prié 

Artisan du changement

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Dans un univers longtemps marqué par la prédominance masculine, les femmes à la tête de domaines ont désormais acquis leur légitimité. certaines, comme Fabienne Prié, laisseront leur empreinte dans l’histoire de leur maison de champagne pour avoir su prendre les bonnes options aux bons moments pour faire entrer leur domaine dans la complexité du nouveau monde qui se dessine aujourd’hui.

rencontre avec une femme à l’écoute des changements sur l’évolution de notre rapport aux vins de champagne, sur les nouveaux modes de consommation, sur les virages qu’il aura fallu faire prendre à son domaine pour répondre aux nouvelles attentes du public...

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La transmission et la terre sont des valeurs cardinales pour les vignerons. Depuis combien de générations la Famille Prié cultive-t-elle ses terres à Neuville S/Seine ?


Les archives de notre village ayant été fort heureusement très bien conservées, au plus loin que nous ayons pu remonter dans nos recherches, nos terres sont dans la Famille Prié, de façon absolument certaine, depuis 1737, et se sont transmises, depuis lors, de pères en fils sous ce même patronyme.


Et nous pensons même que cela remonte à plus loin.


Quoi qu'il en soit, nous avons tous les éléments pour assurer avec certitude que ces terres sont dans la Famille et sont vigneronnes depuis cette date de 1737. La Champagnisation, elle, étant plus récente.
Si tout se passe bien, mes enfants et moi-même devrions donc pouvoir vivre le Tricentenaire du domaine Prié.

Le Domaine prié a donc 282 ans. 282 années qui n'ont forcément pas toujours été un long fleuve tranquille...


Bien sûr. Pour ce qui est des périodes difficiles, ce sont les grandes Guerres qui viennent d'emblée à l'esprit, parce que ce sont des périodes extrêmement dures pour les vignerons. Quand ceux qui étaient en âge d'être mobilisés pour partir au combat devaient quitter leurs terres, ceux qui restaient se retrouvaient complètement démunis pour effectuer tous les travaux de la vigne et ne gagnaient absolument pas leur vie pendant ces conflits.
Les terres nourricières (céréales, légumes), considérées comme essentielles, permettaient à leurs cultivateurs d'en vivre, mais pas les terres vigneronnes !


Pour ceux qui restaient, il leur a fallu travailler énormément, à des travaux manuels extrêmement pénibles. Ils n'avaient bien évidemment pas de véhicules comme nous en avons aujourd'hui pour travailler les vignes.

Pour nous tout est facile finalement, au regard de leurs conditions de travail de l'époque. Mais pour eux, loin de là !


Il faut bien voir que quand les autres agriculteurs, céréaliers par exemple, avaient toujours leurs chevaux pour les travaux des champs, les viticulteurs, pour ceux qui en avaient, soit avaient vu les leurs mobilisés pour le conflit, soit avaient dû les revendre faute de revenus suffisants de l'exploitation pendant la Guerre.
Il faut s'imaginer les efforts de titan que cela devait demander de travailler la terre et la vigne entièrement manuellement pendant toutes ces années que pouvaient durer les conflits comme la première Guerre Mondiale par exemple.


C'est en cela que je dis et répète toujours que tout ce travail réalisé en amont de nos générations à mes enfants et moi, dans de telles conditions, nous oblige à beaucoup, beaucoup de responsabilité et de reconnaissance pour tout ce qui a été fait avant !

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Le travail et la vie des viticulteurs étaient tellement difficiles pendant les Guerres !


C'est aussi pour cela que mon admiration va surtout à ces vieilles Familles, qui ont toujours travaillé leurs terres et leurs vignes, en dépit de toutes ces péripéties, et n'ont jamais cédé à la tentation de vendre des parcelles pour l'argent facile quand les temps meilleurs étaient revenus, mais, au contraire, ont continué à se transmettre leurs belles Maisons viticoles et à se développer.

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Parlons développement, justement. De quand date vraiment celui qui a fait du Domaine Prié un nom qui se distingue aujourd'hui pour l'identité particulière de ses Champagnes ?


C'est relativement récent, en fait. Le Grand-père de mes enfants avait déjà commencé à développer, mais c'est surtout mon mari, Philippe Prié, qui a commencé à agrandir la superficie du Domaine, en rachetant progressivement des parcelles du même village, puis en effectuant un gros travail de remembrement, qui nous a permis de regrouper nos parcelles.

Quand vous savez qu'en Champagne c'est déjà beau d'avoir des parcelles d'1 hectare à 1 ha1/2 d'un seul tenant, et que c'est désormais notre cas grâce à ce long travail, on prend la mesure de l'importance que ce travail de Philippe Prié a eu dans l'histoire du Domaine.
Et pour la commodité du travail, c'est un confort qui nous est très bénéfique aujourd'hui.
Par la suite, la vie a fait en sorte que le père de mes enfants disparaisse en 1999, date à laquelle je me suis retrouvée toute seule à la tête du Domaine, puisque Philippe n'avait déjà plus ses parents.
Je ne me suis pas retrouvée pour autant, du jour au lendemain, immergée dans un milieu totalement nouveau et inconnu, puisque j'avais quitté mes terres messines et rejoint mon mari, Philippe Prié, à Neuville-sur-Seine, en 1982, et que je l'avais accompagné dans tout son travail tout au long de nos dix-sept années de vie commune.
J'avais donc suivi toute sa démarche et toutes ses actions de développement du Domaine, sur l'avenir duquel nous échangions beaucoup, sans pour autant toujours partager le même avis.

J'avais eu la chance de vivre avec lui un couple qui échangeait sur l'avenir du Domaine et les choix à opérer.
Mais c'était, à l'époque encore plus qu'aujourd'hui, un milieu avec ses codes, où, devenue brutalement seule, il allait falloir acquérir ma propre légitimité. Au début cela a donc été difficile, mais cela a eu pour vertu de me rendurcir.
Je pense que je n'aurais pas réussi à passer la dureté de ces moments où vous vous retrouvez seule, sans y être bien entendu préparée, si la dureté que mes nouvelles responsabilités dans le monde viticole, et tout ce qui va avec, ne m'avaient pas imposé de très vite m'armer pour que le Domaine ne pâtisse pas de la perte de mon mari.

 

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Parmi les difficultés alors rencontrées, on imagine bien que, dans la viticulture, la fin des années 1990 était encore une période où, pour les Femmes, on restait...


...très secondaires ? Ah, oui, oui, je confirme !


On pouvait participer à toute la vie du Domaine, avoir des parts de décisions. Mais devant les gens, cela restait assez machiste. Quelle que soit la part qu'avaient les Femmes dans le travail du Domaine, même quand elle était prépondérante, c'était encore l'Homme qu'on mettait en avant, pas la Femme.

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Sauf que c'est vous, une Femme, qui, par la force des choses, avez du présider aux destinées du Domaine du jour au lendemain... Et pour en revenir à cette philosophie des Champagnes Prié de proposer des Cuvées à forte identité, est-ce vous qui l'avez alors impulsée ou était-ce déjà en germe du temps de votre époux Philippe Prié ? Comment cela s'est-il construit ?

Cette nouvelle donne consistant à créer une gamme de Champagnes à réelle identité, hors des Champagnes traditionnels, c'est vraiment moi qui l'ai voulue et ai du payer le prix fort de ce choix. Le virage a été très rapide, complet et je le qualifierai d'assez brutal. Pour pouvoir travailler comme je le souhaitais sans être constamment rappelée aux choix et aux habitudes du passé, il m'a fallu changer complètement l'équipe qui nous avait entourés jusque là.

Et nous avons commencé par créer très vite ce qui n'avait jamais été fait jusque là : des Cuvées spéciales millésimées. La première n'a, à mon sens, pas été assez concluante, mais la deuxième, en 2002 l'a vraiment été. C'est plus celle-ci que je considèrerais plus volontiers comme la première expérience réussie de la longue série qui allait s'ensuivre de Cuvées spéciales, qui font aujourd'hui une capitalisation de réalisations assez conséquente pour notre Domaine.


Il aura tout de même fallu un peu plus de 5 années pour que je commence à mettre en place quelque chose qui corresponde à mes aspirations. Je me heurtais, néanmoins, encore à un écueil qui me freinait dans la nouvelle stratégie de développement que je mettais progressivement en place : la personne qui travaillait mes vins le faisait bien, mais se refusait à faire autre chose que des bouteilles traditionnelles, et ne m'apportait aucune solution dans ma recherche de faire du Champagne autrement.


Je ne pouvais donc pas aller vers les nouvelles directions que je m'étais fixées, notamment en matière d'assemblages.

Cépages et assemblages.


Pour ce qui me concerne, j'ai considéré assez tôt que l'un des grands intérêts de l'élaboration de Champagnes réside dans la recherche autour des assemblages. Ce sont donc nos cépages qui constituent la colonne vertébrale de nos Champagnes. C'est autour de ce qu'il vont nous donner que nous allons pouvoir faire varier nos assemblages et donc, nos Cuvées. Une fois que ces cépages sont définis, on se retrouve un peu contraints par nos approvisionnements. D'autant plus maintenant que nous sommes dans l'obligation de restreindre la base de nos assemblages à seulement 3 cépages par le Comité interprofessionnel des vins de Champagne !


Le côté positif pour le consommateur c'est que cela offre une certaine sécurité d'avoir des vins d'une qualité constante.


Le côté négatif, c'est que l'on ne pourra plus retrouver d'anciennes façons de travailler, certaines particularités de certains cépages que l'on n'a pas le droit ni de replanter, ni d'utiliser si l'on n'en a pas gardé d'anciens pieds dans son domaine pour sa production !  Si, par exemple, aujourd'hui je voulais replanter du cépage Arbane ou du Gamay, je ne le pourrais pas.

Si je voulais changer mes cépages pour les adapter aux changements climatiques, l'Union Européenne rendrait cela très très compliqué aussi, parce qu'il n'y a pas de traitement de nos situations au cas par cas.
C'est ce qui fait que nous n'avons plus que du Pinot noir et du Chardonnay. Avec tout de même des différences que l'on observe, selon celui des 3 villages sur lequel nos raisins sont plantés, le sol, l'exposition...mais nous sommes tout de même enfermés dans nos possibilités d'assemblages.


J'ai quand même pu faire évoluer les proportions de Pinot noir et de Chardonnay avec le temps, justement en fonction de la typicité que je souhaitais donner à nos vins.

 

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Comme beaucoup de Femmes, j'étais plus en recherche de finesse, de quelque chose d'aérien pour nos Champagnes. C'est pour cela que j'ai fait en sorte de replanter un maximum de Chardonnay, parce qu'à ne travailler que le Pinot noir, on aurait forcément eu des typicités de vins beaucoup plus rondes, plus charnues, mais aussi beaucoup plus lourdes. Et cela ne me correspondait pas du tout. Il y avait déjà un peu de Chardonnay sur le Domaine, mais j'ai délibérément fait toutes les nouvelles plantations avec ce cépage. Il n'y en avait pas trop par chez nous, parce que c'est un cépage très sensible au gel de Printemps, qu'il est plus compliqué à exploiter (ne serait-ce que pour le système de taille), mais c'est quelque chose de très très intéressant à travailler.

Quoi qu'il en soit, ces 2 cépages sont désormais la colonne vertébrale de tous nos Champagnes.

Et comme j'observe que nos Champagnes reçoivent un véritable succès auprès des Femmes à l'occasion des Concours de dégustatrices, qui sont de plus en plus nombreux en France, j'en déduis que ce travail vers plus de finesse et de légèreté, que j'avais impulsé avec toute l'équipe du Domaine, semble avoir abouti et, au final, que cela correspondait bien à une attente de certains publics.


Mais surtout, ma philosophie est que, si le Champagne est et doit rester un vin de Fête, il ne doit pas être cantonné à cela. Je souhaitais pouvoir faire un vin de Champagne qui casse ces idées préconçues et puisse être considéré comme tous les autres vins, dans le sens où il puisse s'ouvrir pour toutes les occasions, et même sans avoir besoin d'occasion !
Et j'espère y être parvenue.

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La liberté par les cuves.

Aujourd'hui j'ai acquis la certitude que je n'aurais sans doute pas pu avoir cette liberté de gérer moi-même totalement mes assemblages, pour aboutir aux résultats que je recherchais, si nous n'avions pas pris notre indépendance, en 2005, en nous dotant de nos propres cuves, sur place, au Domaine.


Un investissement colossal, certes, mais que je ne regrette pas d'avoir fait à l'âge que j'avais alors.


Je pense aujourd’hui que c’était au bon moment.


Et aujourd'hui je peux dire qu'heureusement que je l'ai fait, cela m'a permis de sortir presque une dizaine de Cuvées spéciales différentes sur les dix dernières années !


Et elles rencontrent tellement leur public que celles et ceux qui nous suivent nous interrogent souvent sur quand va sortir la Cuvée spéciale suivante...


Ce qui prouve que c'était le bon choix à faire !

La culture raisonnée.

L'autre évolution apportée au Domaine a consisté à passer en culture raisonnée.


Ce qui fait que l'on s'adapte au climat, à la pluviométrie, et que l'on cherche les solutions qui permettent d'optimiser nos rendements en limitant au maximum l'apport en "intrants" (produits phytosanitaires).
Pour beaucoup de viticulteurs de notre génération, la démarche vers la culture raisonnée n'a pas vraiment posé de problème.


Pour des raisons économiques tout d'abord, parce que s'il avait fallu continuer à injecter autant de produits phytosanitaires dans nos cultures que les générations auparavant le faisaient, cela aurait coûté extrêmement cher.

Mais surtout, et avant tout parce que la prise de conscience des dangers de ces produits pour notre santé comme pour l'environnement a été croissante. Et elle l'est encore plus chez les générations qui nous suivent.

Tous ces changements ont porté le Domaine à quelle capacité de production ?

On peut dire que l'on a atteint une taille Médium, avec une capacité de 250.000 bouteilles chaque année en moyenne. Mais je ne vends pas toute ma production. Je veux pouvoir avoir un vieillissement important. L'entrée de gamme est à minimum 3 ans de vieillissement, et certaines cuvées spéciales attendent a minima 4, 5, voire 6 ans avant de pouvoir sortir de caves.

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Quelle est, selon vous, aujourd'hui, la proportion de Maisons de Champagne qui partage la même volonté que la vôtre de travailler un produit différent, à forte identité, face au tout venant ?

Vous savez, il ne faut pas penser que les producteurs actuels ne recherchent pas à donner, eux aussi, une véritable identité à leurs Champagnes.


Leur proportion grandit chaque jour aujourd'hui.


Les temps et les consciences changent.


D'un point de vue marketing, les verriers eux-mêmes me disent avoir de plus en plus de demandes pour des bouteilles plus travaillées, plus marketées.


Ce qui se distingue d'avant, c'est la prise de conscience des vignerons que proposer leurs Champagnes au client final dans un flacon traditionnel, non pakagé, non marketé, et se contenter des bouteilles classiques ne plait plus.


Au bout d'un moment il fallait bien s'adapter à la demande !


En ce qui nous concerne, cela fait 15 ans que nous faisons appel à des bouteilles spéciales pour nos Cuvées.


Il faut prendre pour acquis que c'est désormais une attente généralisée de la clientèle !

Quant au contenu de la bouteille, là aussi les consciences évoluent. Bien plus de vignerons qu'avant cherchent à élaborer des Champagnes plus travaillés, qui sortent du lot, avec de très belles cuvées spéciales, sans pour autant le faire pour les vendre à des prix prohibitifs, ce n'est pas leur démarche, mais pour le plaisir de faire un produit différent et de qualité, qui fasse référence.

Mais, en ce qui concerne les Champagnes Aubois, n'est-ce pas aussi une forme de complexe en illégitimité - parce qu'ils ne sont entrés qu’au prix de longues années de lutte  dans l'appellation Champagne - qui les pousserait à souhaiter se distinguer des Champagnes Marnais en cherchant une typicité, une identité plus spécifique, déjà, pour certains, par un habillage plus marketé, mais aussi par un travail sur la vinification bien plus pointu ?

Tout d'abord, il faut un peu revenir sur les idées reçues qu'il n'y aurait plus que des exploitations de taille "industrielle" dans la Marne.

Il y reste encore bon nombre de petits vignerons qui travaillent très bien leur produit et partagent la même recherche de qualité et/ou de spécificité à donner à leur production. Certes, les sols, très différents des nôtres, les mélanges de cépages, la vinification pourront être différents, mais l'ambition est la même.


Maintenant, concernant les Champagnes Aubois, tout un chacun qui aura suivi l'évolution de la production Auboise depuis ces 30-40 dernières années partagera sans doute mon opinion qu'à l'époque, comparativement à ceux que nous connaissons désormais, beaucoup de Champagnes n'étaient pas bons.


Aujourd'hui, c'est beaucoup mieux travaillé, ce qui est unanimement reconnu.


Il est certain qu'il y a eu une aspiration générale des viticulteurs Aubois à élaborer des choses bien plus qualitatives qu'avant, peut-être pour démontrer leur légitimité à avoir été (ré)intégrés à l'appellation Champagne, en effet.

Sauf que, comme le grand public fonctionne beaucoup en se référant aux marques, il passe malheureusement encore trop souvent a cote de cette évolution qualitative de nos Champagnes Aubois.

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​Mais alors, qu'est ce qui permet aux Maisons Auboises comme la vôtre, qui présente sur le marché des Champagnes d'une typicité et d'une identité volontairement recherchée, de faire connaître sa différence auprès du grand public ? Autrement dit, qu'est ce qui permet de contrer l'influence de la notion de marque auprès du grand public, qui bénéficie inéluctablement plus aux grands groupes marnais de production de Champagnes ?

Il y a une chose qui marche systématiquement en notre faveur, ce sont les dégustations à l'aveugle auprès du grand public.
Là vous êtes totalement préservés de toute influence par le packaging, l'étiquette, le nom, la marque...
Et si l'on pouvait matériellement et humainement en faire plus, vous verriez que les grandes marques seraient beaucoup moins consommées.


Autre avantage : cela permettrait de casser l'idée reçue, largement répandue, selon laquelle pour avoir du bon Champagne, il faut l'acheter très cher. Beaucoup de petits vignerons produisent des entrées de gamme de très bonne facture et a des prix très abordables, ce qui est beaucoup plus rare chez les grandes marques.


Les Cuvées plus travaillées des grandes marques sont le plus souvent bien plus chères.


Sauf que ce qui s'applique à elles ne s'applique pas à ceux des plus petits vignerons qui, comme nous, vont s’employer à créer des Champagnes qui, même en entrée de gamme, seront bons et auront déjà une vraie personnalité !

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Maintenant, quels sont les autres vecteurs de notoriété que l'on pourrait exploiter pour faire connaître nos différences ?


Le numérique y contribue. Mais il y a du bon et du mauvais. Pour ma part j'ai déjà vu des sites Internet qui vous donnent l'impression d'être chez un vigneron qui a une petite cave et une superficie moyenne d'exploitation, alors qu'au final c'est une union de coopératives...! On peut aussi beaucoup mentir avec Internet, voire, même, être beaucoup copiés !


Donc ce n'est pas encore là que l'on trouvera la solution miracle.


Non, ce que je regrette le plus, c'est que les gens viennent de moins en moins directement sur les domaines.


C'est dommage, parce que c'est pourtant pour eux le meilleur moyen de se rendre compte du travail qui est fait, et de découvrir toute l'étendue des différences que l'on peut vraiment trouver en Champagnes, d'un vigneron à l'autre !


En immersion, je vous assure que les gens appréhendent les choses complètement différemment.

Est-ce pour favoriser ce lien direct avec la clientèle que vous avez créé, à Troyes, votre espace de vente et dégustation dédié au champagne : “Chrysobulle” ?

Oui, c’est un endroit qui permet d’expliquer notre travail ailleurs qu’au Domaine, qui, par sa distance avec les agglomérations, est plus    difficilement accessible au plus grand nombre.

 

Mais nous ne souhaitions pas être pour autant focalisés uniquement sur nos vins.

C’est, ainsi, un espace où l’on peut aussi retrouver des accessoires liés à la table et aux vins.  Et, bien entendu, où il est loisible de découvrir toutes nos gammes de Champagnes et la palette de différences qu’elles proposent. Je pense qu’à l’avenir il sera important d’avoir ce type de vitrine et ce type d’outils pour se rapprocher du public et le familiariser à nos particularités.

 

Tous les vignerons ne le pourront pas - nous, nous le pouvons parce que la taille moyenne de notre exploitation nous le permet - mais il serait dommage que, parce qu’ils n’auront pas pu accéder à de tels outils, le public risque de passer, par manque de visibilité, ou de disponibilité, à côté de la qualité de leur travail.

Il y a tout de même les salons...?

Oui ils peuvent aussi être intéressants, mais à condition de bien les cibler. J'ai le regret, par exemple, qu'il n'y ait pas, à Troyes, un Salon des viticulteurs Champenois qui convie les Chefs cuisiniers et les restaurateurs de toute la France, parce que cela peut parfois nous conférer une véritable légitimité d'être présents sur leurs tables.

Mais voilà, c'est toujours ailleurs que cela se passe, à Paris, comme c'était le cas en Avril dernier, voire, souvent, plus loin, comme Vinexpo, qui se déroule à Bordeaux !


Nous sommes, désormais, même contraints à passer par des Salons à l'extérieur de nos seules frontières nationales. C'est inéluctable. La mondialisation étant passée par nos professions comme par toutes les autres, le seul marche Français ne peut plus nous assurer la perspective d’une pérennité de nos activités.


Ce qui n'est pas dramatique en soi, car le Champagne a encore beaucoup de territoires à conquérir...


Mais c'est tout un travail que bon nombre de viticulteurs ne peuvent pas réaliser à eux seuls, qu'ils aient même la meilleure volonté et la meilleure qualité de Champagne au Monde (!), tout simplement par manque de temps !


Et pourtant, l'évolution du marché nous contraint tous à être beaucoup plus dans le mouvement qu'auparavant. Ce qui est pareil pour beaucoup d'activités, désormais, je pense.


Ainsi, je dois aller au Japon, en Chine, pour assurer la suite de démarches commerciales qui ont pourtant commencé chez nous, en France. Mais c'est comme cela que cela fonctionne.

Ce qui veut dire que, désormais, dès qu'une Maison de Champagne cherche à donner une certaine identité à son travail, et ne pas se contenter de faire du tout-venant, elle est obligée de plus en plus à s'adapter à la           Mondialisation et à aller chercher la clientèle un petit peu plus avertie, en quête de produits de qualité, un peu partout, parce que la seule clientèle nationale ne suffit plus ?

Tout à fait. Aujourd'hui la clientèle n'est plus fidèle à une Maison comme elle pouvait l'être auparavant. Il était fréquent qu'une famille qui était cliente chez vous le soit depuis 2-3 générations.

Elle venait se réapprovisionner une fois par an chez son vigneron un peu comme en pèlerinage annuel.


C'est une chose finie maintenant.


Désormais, un jour, la clientèle va aimer un vin, mais cela ne l'empêchera pas, le lendemain, d'aller en prendre un autre ailleurs. Les choses ont changé. Les gens ne consomment plus de la même façon.
Il faut donc, en effet, aller chercher de nouvelles clientèles ailleurs, à l'international.
Et c'est à nous, vignerons, de faire la démarche, parce qu'ils ne viendraient pas chez nous par le seul fait du hasard...
Même les anciens, je pense, ont compris que c'était      maintenant inéluctable, et qu'il fallait aller à la recherche de ces nouvelles clientèles.
C'est pour cela aussi que certains de ces anciens me disent régulièrement que c'était tout de même plus facile pour eux de gérer l'activité d'un Domaine que cela peut l'être aujourd'hui pour nous !
La commercialisation est devenue une chose compliquée maintenant.
Et c'est d'ailleurs principalement cela qui a contraint de plus en plus de petits vignerons à ne plus se contenter de ne produire chaque année qu'un rosé, une cuvée spéciale et une cuvée normale.

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​Et qu'en est-il des Concours nationaux, que vous avez évoqués au début de notre entretien...?

Au départ, j'étais contre ce système. Je considérais que si les gens venaient aux Champagnes comme ceux de la Maison Prié, ce ne devait pas être parce qu'il y avait une médaille dessus mais par attrait pour leurs particularités. Sauf qu'avec le temps, j'ai pu observer qu'une partie des acheteurs de Champagnes les achetaient, même s'ils n'étaient pas extraordinaires, juste parce qu'il y avait des médailles sur la bouteille, comme un gage de qualité ou d'excellence.


On avait toujours été très bien notés partout dans les guides (Hachette, Gault & Millau), en France comme aux Etats-Unis, mais les cavistes et importateurs insistaient pour que l'on participe tout de même à certains Concours.


Donc on a commencé à faire certains de ces Concours, et à y recevoir de nombreuses récompenses.


Au dernier Concours auquel nous avons participé, en présentant 3 Champagnes, au Japon, nous avons reçu, le 14 Février dernier, 3 médailles d'Or.”


Aujourd'hui, qu'on aime cela ou non, être vigneron ressemble de plus en plus à une compétition !

​2 adresses :

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CHAMPAGNES Prié
108 Grande-Rue 10250 Neuville-sur-Seine
03 25 38 21 51
champagne-prie.eu
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CHRYSOBULLES by Prié
25 Rue Urbain IV à TROYES
03 25 70 01 94
prie-chrysobulle.com
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